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Article paru dans Références, le 20 septembre 2008
« Allo ? C'est votre prof... » Apprendre les langues à distance, sans se déplacer La formule n'est pas neuve. Mais elle gagne en intérêt en raison de sa flexibilité. Et d'internet.
« Allo ? C'est votre prof... »
Apprendre les langues à distance, sans se déplacer
La formule n'est pas neuve. Mais elle gagne en intérêt en raison de sa flexibilité. Et d'internet.
La vie professionnelle est ce qu'elle est : intense, voire surchargée. Y caser une formation n'est pas toujours simple, surtout si elle exige une pratique régulière comme c'est souvent le cas lorsqu'il s'agit d'apprendre une langue. D'où l'intérêt, apparemment, d'une formule qui a ses adeptes : l'apprentissage par téléphone ou par les technologies du web, qui permet à l'élève de s'y investir quand bon lui semble ou presque, en toute flexibilité.
Carine Lomba, directrice des ressources humaines d'AON, en est convaincue de longue date. Elle en a fait profiter plus d'une fois ses collaborateurs, y compris dans ses fonctions précédentes chez d'autres employeurs. « Il y a 15 ans, apprendre les langues par téléphone était assez novateur, explique-t-elle. Il a d'ailleurs fallu que j'essaie moi-même avant de me laisser convaincre ! » Ses réticences initiales ? Essentiellement liées au risque de perdre, en raison de la distance entre le prof et l'élève, une partie de la richesse des interactions comme la communication non verbale ou l'émulation entre les participants. « En fait, c'est au contraire d'une redoutable efficacité car on est véritablement, le temps de la leçon, isolé dans une bulle : seul compte le dialogue entre l'élève et le prof, sur le mode du cours particulier qui induit en plus un caractère très personnalisé. »
Le propos est confirmé par André Laloux, à la tête de la société belge Phone Languages active depuis plus de vingt ans sur un créneau où elle affronte des concurrents tels que goFluent ou Telelangue, notamment. « Pas question quand on est au téléphone de se laisser distraire par le décolleté du prof, s'amuse-t-il. Toute la concentration est focalisée sur un seul objectif : l'apprentissage, éventuellement soutenu par un support écrit partagé à l'écran. C'est d'ailleurs ce caractère intensif qui justifie que nous limitions la durée des séances à une demi-heure »
Nonobstant l'intérêt pédagogique de la formule qui n'exclut pas d'autres formes plus classiques, en résidentiel par exemple, qui lui sont complémentaires , c'est aussi sa flexibilité qui paraît séduire ses adeptes. « Un rendez-vous d'une demi-heure, on parvient toujours à le caser dans son agenda, poursuit Carine Lomba. C'est d'autant plus vrai qu'il ne faut pas se déplacer : aucun risque d'être pris dans un embouteillage et d'arriver quand le cours est déjà terminé. »
S'ajoute, enfin, le fait que la baisse des coûts des télécommunications permet désormais de s'adresser le cas échéant à un professeur situé à plusieurs milliers de kilomètres, travaillant dans sa langue au départ de sa terre natale. Et qui sera peut-être plus enclin à travailler en soirée, par exemple, à un moment où l'élève sera pleinement libéré.
C'est en misant elle aussi sur ce principe qu'une société comme Myngle entend développer un concept basé en outre sur le modèle des « communautés » propre à Internet, étudiants et professeurs étant appelés à se rencontrer sur une plateforme d'échanges. « Nous pouvons jouer un rôle très important dans certaines langues dont la demande est en forte progression mais pour lesquelles les professeurs sont localement en nombre insuffisants, affirme Marina Tognetti, sa fondatrice. Tel est le cas pour le mandarin, le russe ou l'arabe, par exemple, poursuit-elle en estimant que « 15 % des cours de langues dans les pays occidentaux rejoindront le marché internet dans les prochaines années. »
« Une demi-heure très, très intensive »
Parmi les professeurs de langues qui ont choisi de se lancer dans la formule « à distance », par téléphone ou par les technologies du web, figurent pas mal de femmes. Nonobstant leurs qualités pédagogiques, la possibilité de travailler de chez soi, en bénéficiant d'horaires flexibles, semble être de nature à les séduire.
« C'est effectivement un avantage incontestable, commente Claire, professeur indépendante de néerlandais. Une telle formule permet d'organiser sa journée de travail en choisissant son horaire, sachant bien entendu que celui-ci reste rythmé par les rendez-vous avec les élèves. » A savoir, dans son cas, six rendez-vous maximum d'une demi-heure par jour, histoire de pouvoir consacrer à chacun une séance pleinement intensive « car la formule demande beaucoup de concentration. »
Combinant cette activité avec celles de prof en entreprise et d'interprète dans la sphère judiciaire, notamment, cette licenciée en philologie germanique, qui a débuté sa carrière dans l'enseignement général, est bien en mesure de soupeser les avantages de l'apprentissage à distance.
Les francophones se décoincent
« C'est très certainement l'intensivité qui me paraît l'élément le plus important, assure-t-elle. Au téléphone et/ou devant son écran, on n'est distrait par aucun autre stimulus extérieur. La notion de cours particulier prend vraiment tout son sens. » S'y ajoute le fait que les « étudiants », issus principalement de la sphère professionnelle, sont en règle générale particulièrement motivés car ils connaissent précisément le niveau qu'ils veulent atteindre. « Ma pédagogie elle-même s'adapte en fonction de ces objectifs, poursuit Claire. Je sais s'il faut davantage travailler la maîtrise des conjugaisons, la structuration de la phrase, travailler davantage l'expression ou la compréhension, par exemple. »
Spécialisée dans l'apprentissage du néerlandais, notre interlocutrice n'a apparemment aucun souci à se faire pour remplir ses journées. « La demande est effectivement croissante. Non seulement parce que cela reflète une certaine réalité économique mais aussi et surtout parce que les francophones se décoincent vis-à-vis d'une langue qu'ils se contentaient auparavant de maîtriser passivement. Je constate d'ailleurs que, depuis quelques années, le niveau des francophones a sensiblement augmenté, conclut Claire. Leur blocage vis-à-vis du néerlandais n'est plus ce qu'il était ! »

